Rossini, La Cenerentola Baden-baden
Il en va de même pour sa sœur Clorinda, fièrement campée par la soprano Alice Rossi dont on apprécie l’art du faire-valoir. Une réussite telle qu’on aurait souhaité voir dans la salle certains metteurs en scène chevronnés qui, d’une montagne de moyens et d’une débauche d’intentions fumeuses réussissent à accoucher de souris. La voix dont le fort na jamais résidédans l’abondance d’harmoniques est ici détimbrée, accusanttrès nettement le poids des années.
Est-ce pour cela que le plateau peine à convaincre, bien que plusieurs des participants aient déjà interprété leur rôle ? Quant au baron et à Alidoro, le complet du premier ne reflète pas ses prétentions ridicules, et la simplicité informelle du deuxième, quand il a déposé son frac dépenaillé de musicien des rues, n’invite pas au respect, jusqu’à ce que son uniforme d’aviateur – ali d’oro – lui donne un peu de prestance. La tenue de joueur de polo endossée par le prince et sa suite ne sied pas à tous, et d’abord au prince lui-même. Quant aux costumes, signés eux aussi Clarac et Deloeuil, si leur rôle est d’exprimer le côté social, ils ne caractérisent pas nettement les protagonistes. A la fin de l’ouverture, le rideau noir qui servait de fond à l’étalage de linge étendu dévoile en disparaissant une structure cubique centrale, pouvant tourner sur elle-même et dont les côtés peuvent se déployer, révélant ainsi les différents lieux prévus par le livret. De même ils ne veulent pas voir Clorinda et Tisbe comme des « chipies hystériques et caricaturales » mais comme « deux jeunes femmes sincèrement hantées par la peur du déclassement ».
Maria-josé Siri : « Aida Reste Un Rôle Inépuisable »
Les premiers personnages en scène sont les deux sœurs, péronnelles capricieuses et égoïstes. Une jeune femme qui porte un paquet veut lui donner l’aumône, il refuse, mais lui fait tirer une carte et lui prédit un bel avenir. La mise en scène et les décors sont signés de Jochen Schönleber, le surintendant, qui se les attribue désormais quasi-systématiquement, peut-être pour des raisons budgétaires. Remarqué en Ramfis à Rouen, Adolfo Corrado est un Alidoro magnétique, superbe de timbre, auquel ne manque qu’un surcroît de vocabulaire stylistique pour faire de « Là del ciel nell’arcano profondo » une grande page d’opéra seria.
Chefkoch Check
L’abondance d’éléments visuels n’aide pas à focaliser l’attention du spectateur, fort sollicité, et ne remplace pas une proposition forte qui donnerait un sens à l’œuvre. Faute d’une dramaturgie un peu structurée, Murgia se contente de mettre en scène la narration du spectacle, brillamment certes, mais d’une façon fort littérale et finalement convenue, sans en éclairer le sens. Mise en scèneFabrice MurgiaScénographieVincent LemaireCostumesClara Peluffo ValentiniVidéo et LumièresEmily Brassier, Giacinto CaponioAssistanat à la mise en scèneGaëlle SwannCadreursViolette Martin, Théo Martin
Rossini, La Cenerentola – Bad Wildbad
Les chœurs (exclusivement masculins) peuvent eux aussi encore gagner en mordant et affiner leur diction. Les deux sœurs de Cendrillon, respectivement Héloïse Poulet (Clorinda) et Alix Le Saux (Thisbe), parfaitement assorties physiquement, ne quittent pas la grossière caricature dans des costumes peu flatteurs, mais s’acquittent honorablement de leur rôle. Dave Monaco est très brillant également dans le rôle du Prince Ramiro, avec des aigus impressionnants (c’est ce que tout le monde attend) mais peu de variété de couleurs. Tant à l’orchestre que sur le plateau, les ensembles sont réglés au cordeau, l’écriture tellement délicate de Rossini, tout en contrastes et virtuosité vocale, est parfaitement rendue.
Cette année, c’est au tour de la Cenerentola de Rossini d’être raccourcie et métamorphosée en « Une Cenerentola » d’1h30 en français afin d’être adaptée au jeune public venu toujours plus nombreux assister à leur tout premier ou l’un de leurs tous premiers opéras. Assistant à la mise en scène Adaptation et mise en scène Autre baryton d’exception, Edward Nelson est un Dandini de première classe, toujours légèrement en retrait de celui dont il joue temporairement le rôle, avec ironie et mordant. Le baryton Misha Kiria est au sommet de son art et se délecte manifestement beaucoup de ce Don Magnifico dont il expose avec gourmandise et une vis comique certaine toutes les facettes de son truculent personnage. Adolfo Corrado offre à Alidoro une très belle voix de basse dont on goûte les délices de chacune de ses interventions.
Antoine Foulon campe un Alidoro majestueux avec sa voix puissante et bien projetée couplée à une excellente diction à l’instar du Dandini de Sergio Villeglas Galvain, remarquable du début à la fin de la représentation. Les metteurs en scène y ajoutent chaque fois un grain de folie très agréable, proposant des transpositions nécessairement lisibles et toujours très bien rythmées. La présentation du spectacle par Maria Kataeva/Cenerentola (en allemand) et Levy Sekgapane/Don Ramiro (en anglais). Les spectateurs n’en perdent évidemment pas une miette et ovationnent le spectacle.
Cette architecture, Alberto Zedda la voyait comme un des témoignages les plus indiscutables du génie du compositeur qui, a 25 ans, maîtrise magistralement les tempi, les suspendant ou les accélérant selon les situations, avec une économie de moyens qui ébahit tant elle produit d’effets sur l’auditeur. Leur duo, faut-il le redire, est d’une drôlerie totalement séduisante. Si nous avons manqué son premier air, où sans s’en rendre compte le personnage expose sa balourdise satisfaite, celui du deuxième acte comble parce que la diction est parfaite, le chant syllabé est d’une clarté impeccable, la rapidité labiale intacte et la composition scénique toujours aussi impressionnante, d’une expressivité efficace qui évite les surcharges. La voix sonne bien, sans excès de puissance, mais est-elle la basse noble que nous aimons ? Ni déhanchements ni désordre, mais un mouvement collectif comme on pourrait en voir dans une revue qui s’accorde à la situation, une belle contribution au spectacle.
Là aussi, rien ne manque, ni le débit étourdissant – le fameux canto sillabico propre à l’opéra buffa –, ni la verve, ni l’usage de la couleur – l’intention derrière la note –, ni l’intelligence des effets. Y triomphe en même temps que la bonté, Vasilisa Berzhanskaya dans le rôle-titre. Mise en scèneGuillaume GallienneDécorsÉric RufCostumesOlivier BériotLumièresBertrand CoudercChorégraphieGlysleïn Lefever Un régal pour les yeux et les oreilles qui a suscité un vif enthousiasme des jeunes auditeurs, hilares et heureux. Les duos de Sara Gouzy et Laurène Paterno qui incarnent les deux horribles sœurs (respectivement Tisbe et Clorinda) sont délectables et aussi ravissants que leurs personnages sont cruels.
Privé de la scène d’exposition qui révèle la vanité et la mesquinerie des personnages, on peut néanmoins affirmer que ces deux artistes, dotées de voix qui courent bien dans l’espace et à l’étendue suffisante pour leur rôle, ont un tempérament scénique certain https://www.kongregate.com/en/accounts/hazcasino, et l’ovation qu’elles ont reçue aux saluts en témoigne. La distribution, qui réunit une belle brochette de jeunes talents, est légitimement dominée par Beth Taylor dans le rôle-titre ; sa voix de mezzo particulièrement chaude et vibrante, parfaitement timbrée, très agile dans les vocalises, parvient à se faire entendre entre toutes les autres sans forcer le volume à force de clarté dans la diction. Cette proximité est largement soulignée par le travail de mise en place extrêmement précis réalisé par le jeune chef Giulio Cilona, lauréat en 2022 du concours de direction d’opéra de Liège. Les mouvements des personnages sont peu travaillés, la plupart des airs sont chantés immobiles face au public, ce qui facilite le travail du chef d’orchestre, certes, mais n’est guère propice à la fluidité scénique du spectacle. On a le plaisir de retrouver Patrick Kabongo dans ce rôle dont il ne fait qu’une bouchée délicieuse à savourer pour les auditeurs, avec la retenue et les élans qui rendent le personnage touchant, et l’agilité et l’extension vocale qui donnent cette impression de facilité consubstantielle des exigences rossiniennes.
Mais ces options, si elles nous semblent inutiles car étrangères à l’œuvre conçue par Ferretti et Rossini, ne sont pas profondément nuisibles. De même Alidoro est souvent une présence muette mais non moins agissante, flanqué d’une fillette probablement rescapée de l’adaptation initiale, qu’il semble initier par l’exemple à l’usage des pouvoirs magiques dont ses mains semblent pourvues. Ces évolutions, pour gracieuses qu’elles soient, distraient de l’écoute musicale, en particulier dans la scène de l’orage – illuminée par Vladi Spigarolo – où les danseuses qui ploient sous les éléments déchaînés interviennent dans la salle. En adulte, on peut regretter le choix de la référence esthétique, la Cinderella de Walt Disney, dont la dernière image du Prince enlaçant Cendrillon est presque une citation, regretter aussi les apparitions de créatures féminines censées être des fées, qui réintroduisent la magie que le librettiste avait éliminée. La production, qui vient de Florence, est née d’un spectacle participatif, une adaptation conçue en 2017 pour des enfants qui en étaient à la fois les figurants, les choristes et les spectateurs.
Outre qu’on peut en douter, leur spectacle n’en fait pas la démonstration. De nos jours, aux nombre de ceux-ci s’est ajouté le metteur en scène. Son inventivité se donne libre cours, sans autres limites que celles des interprètes.
Reprise en 2024 sur la scène du Maggio Musicale et confiée à des professionnels chevronnés, la mise en scène de Manu Lalli a prouvé qu’elle fonctionne et elle recueille à Turin un succès très vif. Oui, la frustration de n’avoir pas pu savourer le déploiement de l’œuvre dans sa trajectoire complète, mais la satisfaction de découvrir le spectacle, et, sans plus penser aux beautés perdues, se disposer à jouir de celles à venir. Ayant choisi malgré tout d’aller au Teatro Regio, installé par les soins du service de presse dans une loge centrale au troisième étage, nous avons pris le spectacle en marche, à la fin de la scène 7 du premier acte, au moment où Alidoro révèle à Angelina que le bruit extérieur est celui du carrosse qu’il met à sa disposition pour qu’elle aille au bal du Prince.
Cette volonté de mise en scène au service des écrits d’Alter Fajnzylberg donne à l’ensemble une portée à la fois documentaire et profondément humaine.Au-delà du devoir de mémoire, Les Cahiers d’Alter rappelle surtout combien ces récits individuels restent essentiels pour saisir ce que furent la déportation et l’extermination. Projection, extension, souplesse, il semble ne faire qu’une bouchée des ascensions vocales dévolues au personnage, et respecte scrupuleusement les nuances qui transmettent au spectateur les émotions du prince, qu’il campe avec une prestance distinguée mais sans histrionisme. Les autres serviteurs sont les choristes du Regio, nombreux et fort en voix, manifestement bien préparés par Piero Monti, et ils jouent leur part quand la mise en scène les fait osciller comme sous l’emprise de la musique dans le final du premier acte. Techniquement, la réalisation est bien maîtrisée, les effets comiques sont calculés pour faire mouche et apporter la petite touche de transgression qui évite de verser dans les bons sentiments, dont chacun sait qu’ils ne font pas de bons spectacles ! La Cenerentola mise en scène par Fabrice Murgia, homme de spectacle au sens large, ne manque pas d’étonner. La première apparaît, alors que le spectateur la voit sur scène alanguie sur un degré du poêle central, montant dans une voiture à cheval où l’attend un homme jeune, et l’on se dit que c’est la projection du rêve de la jeune fille qui imagine son prince charmant.


